Conter...

Glaner des contes

les nourrir de ses mots, de ses images,

les habiller de quelques notes de musique...

Et puis, se poser quelque part et raconter.

Pour des enfants, pour des anciens,

pour le.la passant.e intrigué.e.

Raconter dans une salle obscure,

et habiller ses contes de lumière.

 

Dessiner,  juste avec les mots,

d'autres paysages.

Ouvrir par la parole notre cinéma 3D,

et voyager ensemble dans les univers créés.

 

Raconter pour élargir le monde,

raconter pour écarter la peur,

pour respirer mieux,

pour rêver ensemble :

on en a tellement besoin !

Photos : G Sabatier, N. Thibur, Sofyprod 

Dates en novembre :
  • Ma 8 Novembre 2022 à 9h15, 10h15 : Poule Poulettes à Maringues (63)

  • Me 9 novembre 2022 à 16h : Cercle Parents enfants à Clermont (63)

  • Ve 18 novembre 2022 à 20h : Chamanes les traces de pas de l'orage Pérignat lès Sarliève (63)

  • Me 23 Novembre 2022 à 16h : Cercle Parents enfants à Clermont (63)

Détails sur la page agenda

Précieux moments d'humanité partagée

 

C'était le 28 septembre dernier, dans un quartier populaire de Clermont Ferrand. Nous avons installé un espace accueillant pour ce premier Cercle Parents Enfants accueillant les tout-petits et leur famille dans le Pôle Petite Enfance du quartier.

Vers 16h, certains participants sont déjà arrivés, nous commençons à tisser avec leur prénom un lien de musique. Soudain, nous sommes surpris par un bruit de  pétards, tout proche. J’intègre à ma chanson l’hypothèse d’un bricolage : quelqu’un qui répare, ou aménage, et ça en fait, du bruit, tiens, ça recommence ? Les volets se ferment, je suis surprise, nous avions convenu en amont de profiter de la lumière du jour. Nous trouvons l’interrupteur.

D'autres parents arrivent accompagnés de la directrice. Tous sont saisis d'effroi : ce n'étaient pas des pétards, c'étaient des coups de feu, à deux pas, venus trouer ce mercredi après-midi.

Les nouveaux arrivants prennent place dans notre cercle. Je continue à installer ma séance, tenant à distance l'information donnée, avec le besoin un peu diffus de ne pas permettre à cette réalité-là d'envahir notre espace. Nous sommes là, petits et grands pour chanter, raconter, jouer avec nos doigts, nos mains.

A la fin de notre rencontre, le personnel et les parents de la crèche nous rejoignent. Il faut attendre encore près d'une heure pour avoir de nouveau la possibilité de sortir : "Les forces de l'ordre quadrillent le quartier". Temps intermédiaire, suspendu. S'installe l'odeur bienvenue d'un café que quelqu’un a eu la bonne idée de préparer… Les volets sont toujours fermés, nous parlons à mi-voix, les enfants jouent tranquillement. Anna, une des mamans de notre cercle, me fait part d'une comptine moldave que sa mère lui chantait quand elle était petite : un chant qui raconte les semailles, la levée du grain, la moisson. Les paroles s'accompagnent de sillons, frôlements, pinçottements, tracés par l'adulte sur le dos de l'enfant...

Nous finissons par pouvoir rentrer chez nous, lestés par ce vécu un peu irréel, auquel le journal La Montagne viendra donner, les jours suivants, son poids concret. Heureusement, ces coups de feu n'ont atteint que des murs. Je pense à d'autres lieux où règne vraiment la folie meurtrière des armes : guerre de gangs, conflits armés.

Mais une évidence lumineuse s’impose à moi.

Nos modestes jeux de doigts, chansons et comptines partagés dans ce moment-là ont été bien plus qu'un dérivatif, une échappatoire. Ils ont eu le pouvoir de créer, à l'instant même où ce bruit de mort est venu oblitérer notre quotidien, une oasis d'humanité indispensable.

... Et bien plus encore. Ce qui s'est installé là, cet espace où les humains partagent et nourrissent, ensemble et avec leurs petits, les racines même de leur humanité : un parent qui raconte semailles et moissons en chemins de sensations sur la peau de son enfant, quel meilleur appui contre les dérives que la violence veut imposer à notre monde ?

 

Certains jours, on n'a aucun doute sur l'importance de notre métier de conteur.euse. Je retournerai dès que possible dans cet endroit, espérant pouvoir continuer cette aventure fondamentale et vitale : offrir des moments précieux d'oralité partagée.